L’intérêt du port de Bayonne pour l’environnement est une histoire collective

Quelle est votre mission dans le port de Bayonne?

La situation climatique tendue et les crispations énergétiques sont très fortes. Les infrastructures portuaires n’ont jamais été autant concernées par les sujets de transitions. Au port de Bayonne, tout le monde l’a bien compris. Ce poste dédié en est la preuve : il permet d’initier et d’accompagner l’écosystème industrialo portuaire dans sa mutation vers le monde de demain.

Pour prendre ce virage, deux missions principales m’ont été confiées. La première est d’engager la décarbonation des activités portuaires. Elle se traduit à court terme par l’établissement d’un Bilan d’Emissions de Gaz à Effet de Serre (BEGES) qui aboutira servira de ciment à une stratégie de décarbonation. La deuxième action est appelée EIT (Ecologie Industrielle et Territoriale), et permettra de développer des actions d’économie circulaire entre les acteurs du port. L’objectif de cette mission, au-delà de la réduction de l’impact environnemental, est d’améliorer la résilience de l’écosystème portuaire, en travaillant les flux (énergie, eau, déchets,) en boucle fermée.

La finalité des deux démarches est de diminuer l’empreinte globale du port de ses activités mais aussi le rendre plus résilient et attractif.

Quelle est la situation environnementale du port de Bayonne?

L’intérêt du port de Bayonne pour l’environnement est historique : Dès 2006, il devient le premier port français triplement certifié QSE. Aujourd’hui, il reste titulaire des certificats Qualité ISO 9001, ISO 45001 pour la Sécurité et ISO 14001 pour l’Environnement. Cette sensibilité est donc très présente en interne, comme le montrent à titre d’exemple les investissements réalisés pour les activités de dragage : l’acquisition de la drague Hondarra a permis d’améliorer l’impact environnemental, en draguant moins de volumes et en clapant 100% du sable sur les plages d’Anglet, tout en évitant les périodes de migration et reproduction de la biodiversité fluviale.

L’environnement au Port de Bayonne, c’est aussi une histoire collective : nous travaillons main dans la main avec les différents acteurs du territoire sur des sujets comme la gestion et la valorisation des déchets ou la préservation biodiversité. Nous participons enfin activement à l’instance de concertation SPPPI sur la prévention des pollutions industrielles réunissant Etat, collectivités, associations de riverains et professionnels.

La drague Hondarra a permis d’améliorer l’impact environnemental

Quelles nouvelles mesures vont être prises pour la décarbonation du port?

L’ambition du port dépasse les certifications et les obligations réglementaires. Aujourd’hui, nous souhaitons décarboner nos activités d’exploitant, mais aussi accompagner les industriels présents sur le domaine concédé à décarboner les leurs. Pour cela, nous accompagnons plusieurs projets: utilisation et production d’énergies alternatives mais aussi récupération d’énergie fatale issue des process industriels. L’ambition est grande, et l’impact le sera aussi : sur le port, certains industriels consomment autant d’énergie que les villes de Bayonne-Anglet-Biarritz réunies !

Bien sûr, pour bien prendre le virage de la décarbonation, il faut mesurer et quantifier les émissions. C’est la raison pour laquelle le port s’engage aujourd’hui à réaliser une comptabilité carbone la plus exhaustive possible.

Votre action inclut-elle également les acteurs du port?

Le port est un écosystème ou se côtoient des acteurs industriels et de services aux profils très différents. L’empreinte environnementale du port, c’est donc le résultat de toutes ces activités cumulées. Mon travail au port doit se faire sur un périmètre le plus complet possible, pour avoir une vision “réaliste” des impacts environnementaux. Je rencontre donc chaque acteur pour comprendre son fonctionnement, ses motivations et obligations réglementaires son impact sur l’environnement et les leviers potentiels. Cet état des lieux est très fondamental pour mener à bien les stratégies de transition des prochaines années.

La communauté portuaire, est-elle consciente du «changement vert»?

Majoritairement industrielle, la communauté portuaire est au cœur de la transition.  On voit déjà des actions se mettre en place : développement d’énergie solaire chez Alkion, stratégie de réemploi chez Laminiors des Landes, économie circulaire chez Celsa, chaudière biomasse chez Timac Agro… ainsi que le pré-post acheminement des marchandises par le fer. Autant de signaux qui tendent à prouver que les acteurs sont désormais prêts pour le changement ! En discutant avec certains d’entre eux, je m’aperçois que le stade de la prise de conscience est déjà dépassé : les acteurs s’attaquent maintenant à la responsabilité qui est la leur face aux limites planétaires.

L’AMI, est-il un outil valable pour attirer de nouvelles entreprises décarbonées dans le port de Bayonne?

En tant que gestionnaire du domaine public, nous sommes dans l’obligation de mettre en concurrence les terrains d’implantation et les bâtiments que nous gérons.

La première réponse à cette question est donc de rappeler que l’AMI est une obligation réglementaire.

Cela étant acté, l’AMI est aussi un outil de communication particulièrement efficace qui permet d’identifier des projets innovants mais avec des niveaux de maturité à géométrie variable. Pour certains d’entre eux, le domaine portuaire devient alors un incubateur ou il est possible d’implanter un démonstrateur à l’échelle industrielle. Pour d’autres, c’est une opportunité de développer des solutions industrielles de décarbonation en cœur d’agglomération. Nous sommes bien sûr attentifs à conserver suffisamment de terrains pour développer du trafic maritime!

Présentation du programme Ecologie Industrielle et Territoriale en Nouvelle-Aquitaine

Sur quels filières la stratégie de décarbonation se concentrera-t-elle?

C’est le Bilan d’Emissions de Gaz à Effet de Serre qui guidera la stratégie : les plus gros postes d’émissions devront être traités en priorité. Grâce à l’AMI, nous allons faire ressortir des solutions innovantes de décarbonation, notamment en lien avec l’énergie. Des projets s’implanteront sur le port et pourront être vecteurs de la décarbonation du site.

Existe-t-il des aides officielles à la transition énergétique applicables au port de Bayonne?

Le port de Bayonne s’appuie sur tous les dispositifs d’aides envisageables et répond régulièrement à certains appels à projets régionaux, nationaux et européens. L’action d’Ecologie Industrielle Territoriale est par exemple accompagnée par l’ADEME et la Région Nouvelle Aquitaine ; l’aide au report modal et d’autres aides de l’ADEME ou de l’Etat nous ont permis d’engager la dépollution des friches industrielles etc. Les aides existent donc mais restent un complément à des actions que seul le concessionnaire peut engager et supporter financièrement.

Gracianne Bec, à la première personne :
D’une formation ingénieur maritime, j’ai commencé ma carrière dans les domaines portuaire et fluvial. J’ai ensuite acquis des compétences en génie civil et BTP avant de reprendre mes études : c’est à l’Université Paris-Dauphine que j’ai étudié le développement durable et les nouveaux modèles économiques. Cette vision d’un nouveau monde, alliant développement et transition environnementale, m’a tout de suite passionnée. J’y ai vu très rapidement une applicabilité directe sur le territoire ici, au Pays Basque. Au travers de mon poste au Port de Bayonne, je souhaite actionner des leviers très concrets de décarbonation mais aussi aller plus loin, pour développer l’attractivité, l’exemplarité et la résilience du territoire basque.